Saya
Chapitre 1 - Otoko
Après mes premières vacances dété du collège , le jour de la rentrée, je suis arrivée avec les cheveux coupés courts, et un uniforme de garçon. Les professeurs mont regardée bizarrement, mais nont pas pipé mot : la meilleure élève du collège a droit à ses petites excentricités
par contre, quand je suis arrivée le soir à la maison, ça été tout autre chose.
Le matin, jétais partie en avance, mes cheveux longs jusquaux fesses parfaitement peignés et un ravissant uniforme marin sur le dos. Je suis rentrée comme si de rien nétait, mon cartable négligemment jeté sur une épaule, les cheveux en bataille et la chemise à moitié ouverte parce quil faisait chaud. Jai lancé joyeusement :
- Je suis rentrée !
- Bienv
a commencé tante Kyoko, qui se trouvait dans le salon, juste en face de la porte.
Elle a levé le nez de son livre et de sa tasse de thé, na pas fini sa phrase, et ma juste regardée avec des yeux exorbités alors que je posais tranquillement mes chaussures, comme si je navais rien remarqué.
Elle a fini par crier, presque hystérique :
- Sayako !
- Oui, ma tante ? jai demandé très calmement, en la regardant avec un grand sourire.
Elle na pas répondu, mest passé devant en courant et sest précipitée à létage en criant :
- Maître Oyuki ! Cest affreux !
Jai haussé les épaules, et je suis allée prendre une tasse dans une vitrine avant de me laisser tomber dans le fauteuil que ma tante venait de quitter, et de me servir du thé. Cétait un très bon genmaicha , et jai commencé à le siroter en écoutant distraitement les éclats de voix de Kyoko au premier étage. Puis, elle sest tue, et jai entendu les bruits de pas, lourds et mesurés, qui redescendaient lescalier.
Jai regardé oncle Oyuki entrer, sans lâcher ma tasse de thé. Il sest tourné vers moi, les yeux pleins dune colère froide.
- Quest-ce que cest que cet accoutrement, Sayako ?
Je nai pas répondu. Si javais dit quoi que ce soit, il se serait rendu compte que javais peur, et çaurait été mavouer vaincue. A la place, jai bu ma dernière gorgée de thé.
- Quest-ce que tu as fait de tes cheveux ?
Là encore, je nai rien dit, jai juste posé ma tasse vide et je lai regardé dans les yeux, en essayant de ne pas ciller.
Il a froncé les sourcils, sest approché, ma attrapée par le col pour me faire lever du fauteuil.
- Réponds !
Il ma lâchée et mis une gifle, juste assez forte pour me déséquilibrer. Je me suis retenue avec les mains pour ne pas me faire mal en tombant. Une fois par terre, je me suis retournée pour lui faire face. Il était grand, si grand vu depuis là, et son regard furieux me disait quil ferait bien pire que me gifler si je ne lui répondais pas rapidement.
- A partir daujourdhui, je suis un garçon, jai dit, en appuyant sur le je à la forme masculine .
A ma grande satisfaction, ma voix navait pas tremblé. Comme je my attendais, ma réponse ne la pas calmé, bien au contraire, il faisait des efforts visibles pour ne pas me frapper.
- Si tu portes encore cette tenue une fois
Il a laissé sa menace flotter, sûrement parce quil narrivait pas à trouver un châtiment qui soit à la hauteur.
Jai reculé, sans le quitter des yeux.
- Cest de votre faute, mon oncle.
Je me suis relevée, et je me suis dressée face à lui avant dajouter :
- Vu comment vous traitez vos surs, jai aucune envie dêtre une fille.
Jai ramassé mon cartable et jai monté lescalier en courant.
Je suis entrée dans la bibliothèque, papa était comme dhabitude plongé dans un livre.
- Bonsoir, père.
Il a relevé la tête et ma regardée, lair intéressé, pendant quelques secondes, avant de déclarer dun ton critique :
- Tu aurais pu les garder un peu plus longs, quand même.
Et il sest replongé dans sa lecture.
Je suis allée me poser sur la table à côté de lui, et je me suis mise à mes devoirs.
Javais presque fini mes maths quand jai senti que papa me regardait. Je me suis doucement retournée vers lui.
Il semblait pensif ; enfin, encore plus pensif que dhabitude.
- Père ? jai demandé.
- Ce nest rien.
Sans en dire plus, il sest remis à lire.
Je suis retournée à mes devoirs, et jai fait comme si je ne remarquais rien quand il a recommencé à me regarder.
Nempêche, pour que jarrive à le distraire de son bouquin, il devait être franchement surpris.
Plus tard, je suis allée voir maman.
Elle ma regardée entrer avec un air un peu surpris, puis elle a souri. Un sourire un peu moins fatigué que dhabitude, jai eu limpression. Elle na pas fait de commentaire sur ma tenue, ni sur mes cheveux courts. Mais elle avait lair contente.
Après, tout a été comme les autres fois, mais jai eu limpression quelle mettait plus dardeur à ma leçon de magie que dhabitude.
Au bout de deux semaines, Oyuki a arrêté de me faire des sermons. Et jai porté un uniforme de garçon jusquà la fin du collège.